Pantin : un squat d’artistes s’auto-détruit avant sa fermeture

Voué à disparaitre dans le cadre de grands travaux municipaux, le squat a choisi de s’autodétruire avant la fin. Récit de la folle soirée.

Photos  : Sarah Samya Nfiss/ Erikah Ehre

31 août. Quartier des Quatre-Chemins. C’est dans ce secteur un peu cabossé du nord de Pantin, limitrophe d’ Aubervilliers qu’a lieu l’ultime soirée du DSL, un squat d’artistes installé dans un hangar et dans la maison attenante : sculpteurs, plasticiens, musiciens vivent là depuis plusieurs mois.

J’étais venu deux mois plus tôt, les artistes avaient installé des cloisons ondulées qui faisaient de l’endroit un labyrinthe où l’on tombe comme par chance sur des petits coins aménagés : un canapé où se poser, la petite buvette et enfin, le fond de la salle : le coin musique. Des instruments sont installés, la jam a commencé. Il y a une piscine à boules. Les gamins du quartier se jettent dedans. Les adultes se prennent au jeu et lancent des boules au visage de leur pote. J’ai joué de la batterie et j’ai passé une bonne soirée. Une costumière qui habite les Quatre-Chemins depuis 20 ans est déçue en apprenant la fermeture programmée du squat. Elle me dit que le quartier s’est paupérisé et elle aurait voulu faire du DSL son QG ou du moins un lieu de rencontre au coin de la rue.

Ci dessous, le DSL avant le déluge :

 

Je retourne au DSL le 31 août. La piscine à Boules s’est désintégrée. Tour le monde se balance des boules à la gueule. Deux bons groupes de rock se succèdent : Poulet Coco Curry Cajou et Toybloïd

C’est dans la maison attenante que les destructions ont lieu. La bâtisse doit laisser place à une route, tracée dans le cadre du projet de l’éco-quartier qui sortira de terre dans quelques années. Dans une catharsis collective, les gus flanquent des coups de marteau dans les murs.

J’ai voulu en savoir plus. Le collectif DSL m’a expliqué la genèse du projet :

“Le DSL à la base c’est un besoin de logement et de place pour créer. On a lancé le projet à trois personnes, du coup c’est un projet plutôt familial, on a cherché un lieu pas trop grand, pour lequel les décisions sont prises en communs. Assez vite on s’est retrouvé à cinq résidents, quelques potes pas mal impliqués en plus. Les travaux ont pris 1 mois et demi, c’était plutôt intense comme expérience. A côté on faisait de la scénographie pour des soirées ailleurs au sein de la structure 37.6 SCENO.  C’était l’occasion de se retrouver pour créer ensemble, et ensuite il y a eu pas mal de soirées organisées au DSL :  expos photos, soirée jazz, house, art. Notre politique sur les événements c’est surtout qu’ils soient gratuit pour que tous le monde puisse venir, et pas de son après minuit pour respecter le voisinage. Mais ce qu’on a préféré c’était nos soirées LOL CORPORATION PARTY: on passait des jours à faire une scéno dans le hangar, on créait des jeux, genre mini golf, piscine à boule, on lançait une jam, y avait un concert ensuite, et surtout les voisins et copains de tous horizons venaient et on passait un super moment. Le DSL à ouvert le 1er Mars 2017 et fermé le 1er Septembre, 6 mois pile. Avec les proprios on a pas eu trop de soucis, on était en contact mais on s’est vite rendu compte qu’une collaboration impliquait trop de règles. Du coup on a fait notre truc, en précisant qu’on voulait pas ralentir leur projet d’eco-quartier (qui est prévu à court terme). On a accepté une date de départ et on l’a respectée.”

R.C.